Entretien avec Xavier Vitry, Directeur de projets à la délégation ministérielle au numérique en santé

ENTRETIEN AVEC XAVIER VITRY, DIRECTEUR DE PROJETS, DÉLÉGATION MINISTÉRIELLE AU NUMÉRIQUE EN SANTÉ (DNS)

A retrouver sur Officines Avenir de mai 2022 

>> Quels sont les objectifs visés par le volet numérique du Ségur de la santé ?

Mon Espace Santé est la pierre angulaire du dispositif : le citoyen aura la capacité de gérer et partager ses données de santé avec les professionnels de santé sélectionnés dans son parcours de soins.

Pour que ce dispositif fonctionne de façon fluide, des évolutions vont être mises en place, dont la mise en conformité des logiciels des professionnels de santé et de tous les référentiels de l’Etat. Les Systèmes d’Information et toutes les normes d’interopérabilité ont été revus pour que l’information circule de façon cohérente.

>> En ce qui concerne l’officine, comment ont été pensées les évolutions ? Quels sont les domaines concernés ?

L’objectif est de faire en sorte que les LGO suivent l’évolution professionnelle des pharmaciens, en passant d’un logiciel de stock et de facturation à un logiciel de gestion de dossiers patients.

Les pharmaciens ont vu leur métier évoluer au-delà de la dispensation de médicaments vers des actions de prévention, des entretiens pharmaceutiques, l’instauration du pharmacien correspondant, etc.

Par la mise à jour des LGO, les pharmaciens pourront pousser facilement des informations dans le DMP : alimentation avec des documents tels que la note de vaccination, le compte-rendu de l’entretien pharmaceutique et le bilan partagé de médication. C’est également la possibilité de partager des informations avec d’autres professionnels de santé. L’intégration des Messageries Sécurisées de Santé permettra d’envoyer et de partager un document directement à partir du dossier patient. Le pharmacien retrouvera également l’E-prescription unifiée, ou par l’application Carte Vitale. L’intégration de Pro Santé Connect permettra de se connecter au LGO via la CPS ou e-CPS.

>> Quelle a été la démarche adoptée pour définir ces mises à jour ?

Près d’une centaine d’acteurs ont collaboré dans des groupes de travail : représentants de la profession, pharmaciens d’officine, experts des différentes agences (ANS, CNAM, AGES, GIE SESAM-Vitale), éditeurs, étudiants et le Ministère. Nous avons eu des contacts privilégiés avec les 2 principaux syndicats, l’association des préparateurs d’officine et le CNOP.

Des réunions hebdomadaires et des réunions bilatérales ont été organisées au dernier trimestre 2021 pour établir une première vague de spécifications, publiée début février 2022. Une seconde vague vient de démarrer pour un déploiement final en 2024.

>> En tant que pharmacien, que dois-je faire pour passer à une version «référencée Ségur » de mon LGO ?

Depuis le 1er avril 2022, la liste des éditeurs engagés dans le processus est disponible sur le site de l’ANS. Et au fur et à mesure que les logiciels seront référencés, cette information sera également rendue publique.

A partir de mai / juin 2022, les pharmaciens sont invités à passer commande du module Ségur auprès de l’éditeur de leur choix. Ils ont la possibilité de conserver leur LGO et de demander sa mise à jour pour être conforme au Ségur. Ou alors, de changer de LGO et de s’équiper d’un logiciel conforme au Ségur. Les pharmaciens auront, au plus tard, jusqu’au 18 décembre 2022 pour passer commande. Puis, charge au pharmacien de récupérer les certificats serveur auprès de l’ANS pour un déploiement de la mise à jour à l’officine par l’éditeur avant mars 2023. Le processus se conclut par la validation d’aptitude : le pharmacien titulaire confirme que le logiciel installé est conforme, fonctionne et que ses équipes ont été formées.

>> La mise à jour des LGO est financée par l’Etat directement auprès des éditeurs. Quel est le périmètre concerné ?

La prestation Ségur inclut les évolutions fonctionnelles du LGO et sa mise à jour à l’officine, le paramétrage éventuel du matériel (si compatible), la mise en place des certificats logiciel ainsi que la formation et l’accompagnement des utilisateurs. Les dysfonctionnements éventuels et la maintenance Ségur sont couverts pendant 6 ans.

En termes d’accompagnement et de suivi, nous porterons une attention particulière aux pharmaciens : nous allons mettre en place des points de contact pour qu’ils remontent les difficultés qu’ils rencontrent avec les éditeurs, notamment au moment de la commande ou de l’installation.

>> Quelles sont les prochaines évolutions attendues ?

Des sujets sont restés en suspens à l’issue de la « vague 1 ». Par exemple, la consultation du DMP se fera via le portail web-DMP, avec un appel contextuel depuis le dossier patient. Ce n’est donc pas complètement intégré, il faut passer par une authentification intermédiaire du pharmacien, via web-DMP. A terme, il faut qu’on arrive à identifier de façon certaine quel est le membre de l’équipe qui consulte le DMP, ce qui ne sera pas le cas en premier lieu.

On pourrait intégrer l’envoi automatique au patient de messages de la part du pharmacien via la MSS, à partir de certains éléments qui figurent dans l’ordonnance. Par exemple, si j’ai dispensé des antibiotiques, j’envoie de façon automatique par mail des fiches Antibio’Malin sur le bon usage des antibiotiques par le patient. Avec toujours pour objectif de fluidifier l’information, de permettre au pharmacien de se simplifier la vie dans la transmission d’informations écrites au patient en plus des informations orales qu’il peut faire lors de la dispensation.   

Publication : 9 juin 2022 | Catégorie(s) :